KERVENANEC LORIENT
: ARCHITECTURE URBANISME :
- Historique de la construction -


NB: article en construction, à suivre des détails et des documents sur la construction du quartier...
pour en discuter

Document réalisé avec l'aide de différentes sources, articles de l'Encyclopedia universalis, Wikipédia, des images des archives municipales de Lorient et particulièrement le précieux dossier réalisé par l'architecte Dominique Richard «La construction de la ZUP Lorient-Ploemeur une histoire du quartier de Kervenanec à Lorient» pour la ville de Lorient en 2000, avec tous mes remerciements pour son autorisation à l'utiliser ainsi que ses croquis édifiants.

Le terme déconstruction: est le terme officiel utilisé pour nommer l'opération de destruction des immeubles du quartier.

déconstruction: introduit par Heidegger et théorisé par Derrida, méthode de la philosophie contemporaine, pratique d'analyse textuelle employée pour décortiquer de nombreux écrits afin de révéler leurs décalages et confusions de sens (...voir sur wikipedia)
déconstructivisme : aussi appelé déconstruction, en architecture, école de pensée récente basée sur le mouvement littéraire, style contemporain qui s'oppose principalement à la rationalité ordonnée de l'architecture moderne, incluant des idées de fragmentation (...)(voir wikipedia)
déconstruction : dans le domaine du BTP, cela semble être un terme technique plutôt récent désignant la démolition intégrant le traitement des déchets produits. (info SODEVAT)
Généralités La ZUP de Kervenanec vue aerienne 80-90
photo de Kervenanec, années 90


fleche Le quartier
Le quartier de Kervénanec est une ZUP. Cette appellation remonte à 1958. La construction de ce quartier a débuté en 1969. Il se caractérise par un regroupement dense de 9 tours, de barres de 4 étages (dont certaines ont déjà été détruites) et de plusieurs immeubles intermédiaires. Soit près de 3000 logements sur 97 hectares, comptant actuellement près de 10 000 habitants. Les premiers habitants des tours ont aménagé au printemps 1972. On détruit donc aujourd'hui des habitations qui ont environ 35 ans d'âge.

ZUP (zones à urbaniser par priorité): elles ont été créées par décret du 31 décembre 1958. Celles-ci doivent être implantées à la périphérie immédiate des villes de plus de 10 000 habitants, de manière à rendre possible une « greffe » entre anciens et nouveaux quartiers. Le projet concerne à la fois une globalisation de la politique foncière pour les villes permettant de gérer en une fois l'urbanisation nouvelle et une révision des plans de circulation généraux pour la desserte des ZUP elles-mêmes mais aussi des villes dans leur ensemble (rocades...).

fleche Contexte local de la construction
Au plan de la ville de Lorient, il s'agissait d'abord de la poursuite des efforts de la reconstruction d'après guerre (ville entièrement rasée par les bombardements). En effet, il a subsisté jusqu'à ces années des habitations provisoires, les baraques, dans certains quartiers de la ville, Soie, Kermélo. Mais comme dans de nombreuses villes, c'est aussi l'époque d'un fort développement économique et de l'épanouissement du modernisme des Trente Glorieuses.
Le choix du lieu correspond à un ancien espace agricole qui a permis de loger la population ouvrière pas trop loin du centre-ville et surtout des lieux de travail (ports, arsenal).
Pourquoi ce mode de construction de logements s'est-il fait ici de façon si importante pour être remis en cause si peu de temps après?
L'état d'esprit qui régnait alors dans la ville était marqué par la destruction [la disparition du passé] puis l'énergie qui avait été nécessaire à tous pour reconstruire une ville neuve, s'approprier cette peau neuve, investir, revendiquer la nouveauté, la modernité qui donnait une nouvelle identité à la ville. Dans cette période où la prospérité progressait, il a donc sans doute semblé très naturel de s'engager dans un tel projet de construction flattant l'idéal moderniste, le sentiment d'importance de l'agglomération. Qu'on se souvienne comment fut littéralement enterré le bassin à flots du centre ville à cette époque; ainsi qu'aujourd'hui on compte toujours scrupuleusement les progrès démographiques de l'agglomération. Mais cela correspond d'abord à de grands choix politiques mis en oeuvre au plan national.



fleche Le contexte national des grands ensembles
Ils ont existé dès avant la seconde guerre mondiale (comme la cité de Drancy La Muette).
Grands Ensembles : l'expression apparaît en 1935 (titre d'un article de l'urbaniste Maurice Rotival dans L'architecture d'aujourd'hui) à propos des HBM collectifs. Ils sont imaginés comme "harmonieusement disposés le long de larges autostrades, au milieu de grands espaces boisés, de parcs, de stades, des grands cités claires, bien orientées, lumineusement éclairées par le soleil. Nous devons rêver de voir les enfants propres, heureux, jouant sur du gazon et non pas sur le trottoir. Nous rêvons, en un mot, d'un programme d'urbanisme, d'habitations à bon marché en liaison avec l'aménagement des grandes villes."
HBM : habitations à bon marché
ce sont les ancêtres des ZUP qui existaient avant 1940.
Leur construction se développe après 1945 pour faire face à la réparation des dommages dus à la guerre bien sûr, la nécessité de reloger rapidement la population, faire face au boom des naissances qui s'ensuivit mais aussi avec le développement économique des Trente Glorieuses répondre au déplacement des populations ouvrières vers les villes puis à l'appel de la main d'oeuvre immigrée (se rappeler l'action de l'abbé Pierre). Les conditions étaient donc de créer rapidement de nouveaux lieux d'habitation pour répondre à la demande, en fonction aussi des sites de développement industriel.
La préoccupation est également d'ordre social et de santé publique : offrir des logements salubres, améliorer la santé publique, les conditions de vie.


fleche Architecture et Urbanisme
La forme de ces grands ensembles n'est pas un simple aléas économique qui aurait contraint à réduire une construction à sa forme la plus élémentaire, le cube. Il s'agit d'un profond courant de pensée artistique avant d'être architectural qui a traversé tout le XXe siècle. Il prend sa source dans l'art abstrait du début du siècle fortement influencé par les artistes de la révolution russe qui voulurent mettre leur art au service de la révolution et le rendre utile au travers du Constructivisme (manifeste en 1920): l'esthétique du fonctionnel.
Voir aussi Mondrian, en Hollande, revue "De Still".
En Allemagne particulièrement le Bauhaus de Walter Gropius (1919-1933): c'est ici que les principes du rationnel et du fonctionnel sont mis en oeuvre ... Si la forme cubique est ce qui semble en rester, les recherches vont dans le sens majeur du bénéfice des utilisateurs, psychologie de la couleur, bien-être des formes du mobilier pensée pour sa commodité... Le Corbusier est un exemple de pensée complète de l'architecture entre esthétique fonctionnelle, service de l'utilisateur, intégration de la dimension de la relation sociale. C'est aussi l'exemple de l'architecte auquel on ne fit quasiment pas appel lorsque se développa précisément les projets de ZUP dans les villes françaises, alors que sa conception répondait bien à tous les besoins énumérés.


fleche Le modernisme
L'accélération du monde, l'euphorie des trente glorieuses et sa foi envers le Modernisme, l'emballement d'une société tournée vers le profit sur le terme le plus court possible (qui a réduit le projet architectural à sa plus simple expression) a engagé la vie des villes dans un mauvais pas... Les projets des ZUP ont continué à se développer alors que les dysfonctionnements étaient avérés, qu'on cherchait déjà des recours et qu'on entamait des restaurations dans ces mêmes ZUP.


fleche Principales dates
  • 17 mai 1962 : création de la ZUP de Lorient-Ploemeur par arrêté ministériel, espace prévu de 250 ha.
  • C'est l'architecte urbaniste parisien Schmitz qui est désigné architecte en chef de la ZUP. L'architecte Henri Conan qui a largement participé aux précédents projets HLM (Kersabiec, quai de Rohan) concevra plus tard les immeubles dans le respect du concept de l'urbaniste.
  • Janvier 1964 : approbation à l'unanimité du conseil municipal du plan d'urbanisme du Grand Lorient.
  • II définit les sites de la ZUP de Keryado (Kersabiec et Bois du Château) et de la ZUP de Lorient-Ploemeur (Kervenanec et Lanveur).
  • Les axes du futur plan de circulation y sont tracés : la pénétrante traversant la ville jusqu'aux ports et la Rocade joignant les sorties de l'ouest de la ville de Keryado, Lanveur jusqu'au Ter.
  • croquis D. Richardplan de circulation pour la ville Lorient
  • 25 février 1965 : création de la SÉMALOR (Société d'Économie Mixte d'Aménagement de l'agglomération de LORient) chargée par le syndicat intercommunal de procéder aux études.
  • La surface de la ZUP LORIENT-PLOEMEUR est ramenée à 97 hectares dont 60 opérationnels. La densité d'occupation est fixée à 47 logements par hectares, soit 2950 logements. La zone est partagée en deux secteurs: 32 ha au nord de la rue de Lanveur , 28 au sud (Kervénanec).
  • septembre 1965 : Un premier schéma d'aménagement de la zone est proposé par SCHMITZ : il situe les zones d'habitat, les deux nouveaux centres, et les axes de circulation.
  • 1965 : la SEMALOR confie une mission de conseil pour avis aux urbanistes COMPARD et MARTIN. Leur préoccupation est de mettre en valeur le rapport au site : relief et proximité de l'étang du Ter. Tirer parti de cette situation proche d'une agréable campagne, créer un axe vert, un axe d'agrément perpendiculaire à la quatre voies.
  • 1966 :la SÉMALOR commande une étude de programmation de la zone à l'organisme parisien OTU (menée en collaboration avec Schmitz). En plus des problèmes techniques, d'une analyse démographique, cette étude se préoccupe de l'approche sociale. Elle comporte une enquête sociale réalisée dans la cité de Kersabiec, quartier de Keryado, qui constitue une projection de l'installation et du vécu de la future population.
  • Les équipements sociaux et sportifs sont prévus : maisons des jeunes, centre social, garderie, centre de soins, crèche, foyer de jeunes travailleurs, logements de personnes âgées, plateaux sportifs et gymnases scolaires et publics.
  • le plan masse est établi par Schmitz; il sera corrigé plusieurs fois avant le démarrage du chantier.
  • date de construction des batiments
  • 1968 : arrêté d'expropriation. Le site se composait de trois villages Kervénannec, Kerdiret, le village des Montagnes. Les terrains nécessaires à la Zup appartenaient à un petit nombre de propriétaires : principaux noms cités : Le Hen-Raude, Bissonnet, Le Chaton.,
  • 1969 : début du chantier par le sud du quartier (accès par l'avenue Chenailler). L'ensemble du secteur est entièrement terrassé. Les logements PSR (programme social de relogement) sont les premiers construits en faveur des plus démunis et des familles nombreuses.
  • 1970 : les premiers habitants emménagent dans les barres sud.
  • 1972 : réalisation du groupe scolaire en partie centrale : école maternelle J. Rostand et école du Bois Bissonnet. Ensuite, à l'est sera construite l'école maternelle S. Lacore.
    Début de la construction de la tranche Nord du projet sur le même modèle.
  • 1973 : début de la crise pétrolière mondiale affectant la france. Ceci correspond à une remise en cause du chantier. Une loi stipule que les bâtiments d'une ZUP ne pourront plus être signés du même architecte (l'archtitecte Conan passe la main).
    Le coeur du quartier, galerie commerciale et immeuble central (des projets de 20 ou 28 étages avaient été imaginés) sont remis en cause. Deux barres de 8 étages et une galerie simplifiée verront le jour.
  • 1973 : ouverture de la crèche familiale (organisation de la garde à domicile, en l'absence de bâtiment existant).
  • 1974 : construction du Foyer de personnes âgées.
    Des constructions privées voient le jour en complément des logements HLM. Leur architecture est un peu différente.
  • 1974 / 1978 : début de la mission HVS (Habitat et Vie Sociale). Encore en construction, le quartier est une des premières de France à bénéficier d'un plan de rénovation, celui concernera d'abord les espaces verts qui n'avaient quasiment pas été traités jusqu'alors, création de buttes de terre, aménagement des parkings, jardins familiaux de Kerdiret.
  • 1976 : ouverture d'une crèche, d'un centre social, maison de quartier et d'une médiathèque. Création d'un gymnase et d'un terrain de football. L'accroissement de la population enfantine amène la création d'une nouvelle école maternelle.
  • 1980 : dernier acte de vente d'espace non construit.
  • 1981 : fin de la Sémalor : bilan définitif de la ZUP
  • 1989 : travaux de personnalisation des bâtiments, transformations des entrées d'immeubles qui n'étaient absolument pas apparentes auparavant.
  • 1994 : contrat de ville : prise en charge globale de la vie sociale et de l'animation de quartier.
  • 1972 : début de la deuxième tranche de la ZUP originelle devenue ZAC de Lanveur. Le schéma de copnstruction sera tout à fait différent. Un rythme plus lent, des constructions moins imposantes, diversifiées, un traitement de l'espace public élaboré, plus d'ouverture sur la ville existante, intégration progressive d'un campus universitaire. Le projet de rocade et la grande liaison vers le centre ville sont abandonnés; il y aura un simple raccordement au réseau de la voie pénétrante.
  • 2001 : ORU : (Opération de renouvellement urbain), réduction de la largeur de la quatre voies, relance des aménagements des espaces publics y compris le centre du quartier, restructuration de façades d'immeubles.
  • 2004 - 2005 : à l'entrée sud de la ZUP, les premières barres de 4 étages sont progressivement désaffectées puis détruites et rapidement remplacées par de nouveaux collectifs d'architecture diversifiée.
  • 2007 : début d'une nouvelle phase de démolitions concernant 4 tours de 14 étages.



  • fleche Plan masse:
    Kervenanec est d'abord conçu comme quartier autonome, véritable ville nouvelle et sur le schéma du plan de circulation. Le choix est de libérer l'espace au sol par la création de tours, permettant de grands espaces publics végétalisés et un axe vert traversant la cité (création d'un tunnel sous la 4 voies). Deux modèles d'immeubles seront retenus, tours de 14 étages et barres de 4 étages. La répétition de ces modèles à l'identique permettra une construction économique et industrielle (éléments préfabriqués et chemins de grue) et assurera autonomie et cohérence visuelle et esthétique affirmant l'identité de la cité. Les équipements formeront des liens physiques entre les groupes d'immeubles et porteront une achitecture particulière. Le centre du quartier sera occupé par le centre commercial et des immeubles remarquables.
    le parti-pris esthétique:
    trame des tours N-Scroquis D. Richard
    trame des tours en essayant de résumer l'exposé de l'architecte Dominique Richard, la conception architecturale de l'ensemble tient du concept. L'urbaniste Schmitz, face à un espace entièrement vierge, donc sans référence, sans lien à créer, face aussi aux contraintes économiques, a conçu le plan du quartier d'une façon très globale, jouant sur l'effet de répétition des masses d'immeubles identiques, jouant aussi d'un effet de trame par leur espacement. Ceci est perceptible à l'échelle du panorama de la ville, marqué par cet ensemble et sa répétition à l'identique, au Nord sur la ZUP de Bois du château. Dans cette logique des volumes, l'architecte Conan conçoit des immeubles trouvant leur justification dans une forme parallépipédique des plus épurée, façades lisses où les éléments s'inscrivent en creux. Les croquis de Dominique Richard appuient particulièrement bien l'interprétation, tellement qu'on pourrait presque entendre le discours de présentation moderniste, conceptuel qu'ont pu en faire leurs auteurs. Cela cadre particulièrement avec l'esprit artistique de cette époque.